Micro ferme, macro modèle

Je fais du bien à la terre, j’ai 3 mois de vacances, je génère 150 000$ de chiffre d’affaires et 45% de marge nette et j’ai l’accent canadien. Qui suis-je ? Un prof de l’Université de Montreal ? Non. Un consultant en permaculture qui profiterait de l’engouement du moment pour enrichir son stock de grelinette ? Non plus. Cyril Rollinde ? Ah non, malheureusement, j’ai dépassé la date limite pour devenir fermier. Je dois me contenter de quelques cultures sur balcon et d’une valorisation des fermes sur des marchés urbains !

Non, je suis Jean Martin Fortier, un fermier maraicher. Mais pas n’importe quel fermier. Un fermier qui sur 8 000m2 organisés en 35 planches permantes reprend des méthodes du temps jadis et développe de l’outillage low tech pour produire de manière « bio intensive » (c’est lui qui le dit) autant de légumes sur sa ferme que sur une ferme conventionnelle de 5ha. Cela lui permet de vendre 140 paniers à l’hectare là où une ferme traditionnelle en produit 80.

Du coup, avec ce rendement quintuplé, il prend 3 mois de vacances, embauche 4 personnes, travaille 9 heures par jour et arrive à prendre le temps de faire le tour du monde pour former mes compères !

Lire la suite « Micro ferme, macro modèle »

Publicités

Permabusiness, episode 2

Ce post est le 2e volet d’un tryptique sur le permabusiness, ou l’effort que j’essaye de faire pour concilier ma passion de la start up, de l’accélération, de la « geste entrepreneuriale » d’un côté et de ma prise de conscience, plus récente, de l’urgence et de l’enjeu à intégrer les principes et les dynamiques permaculturelles d’une autre. Je sens bien confusément que l’un et l’autre ont vocation, sinon à s’allier du moins à dialoguer mais c’est plus facile à dire qu’à écrire clairement !

 

Je vais traiter aujourd’hui de la question de l’identité professionnelle, un thème au centre du Certificat de Conception en Permaculture animé par Gildas et Claire en septembre dernier et sujet d’un bouquin que l’ami Benoit m’a fait lire récemment.

Au passage, l’occasion de rendre un court mais vibrant hommage à Benoit, avec qui on partage pas mal de points et visions communes. D’abord, on habite tous les deux à Badaro. Bon lui depuis plus de 20 ans et moins depuis moins de 3, avec un départ prévu dans 1 mois ! Ensuite, on est tous les deux parmi les joyeux fondateurs des « Badaro Urban Farmers ». Et, surtout, sans pouvoir l’assurer ni pour lui ni pour moi, je crois pouvoir dire qu’on a plus ou moins échapper aux jobs à la con dans nos carrières professionnelles (même si j’ai eu ma dose d’excel et de powerpoint !).

Lire la suite « Permabusiness, episode 2 »

Vetements

Le t-shirt que vous portez a consommé 5m2 de sols ! Striking. Et à l’échelle mondiale, c’est 2% des sols qui sont utilisés pour la production d’habits en coton.

Pas neutre, et ça supposait bien quelques initiatives à éclairer. En France, le très bon challenge « rien de neuf » animé par zero waste met en lumière l’initiative de Loom et leur très pédagogique bande dessinée – https://www.loom.fr/pages/ce-t-shirt-est-un-scandale.

Au Liban, FabricAid (https://www.fabricaid.me), portée par le talentueux Omar, travaille sur l’optimisation de la chaine de collecte et de recyclage des vêtements usagés. La passion et l’entrepreneuriat au service de l’environnement, récompensé par un prix à la compétition mondiale GSVC. Mabrouk!

Lumiere

La plus belle reconnaissance dans le projet des Badaro Urban Farmers qui se développe de manière harmonieuse, c’est la rencontre hebdomadaire entre des producteurs sincères et des clients curieux (ou l’inverse !). Qui échangent autour d’une salade ou d’un savon sur les savoir faire traditionnels, les innovations en matière de culture… Mais on a eu hier une autre belle reconnaissance en passant sur Télé Lumière pour exposer le projet, dans un délicieux mélange franco-libanais. A visionner sur https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1502745003164669&id=614387755333736

Par ailleurs, l’excellent et talentueux Xavier Mathias sort d’une semaine de tournée auprès de fermes permaculturelles libanaises, dans le cadre d’un beau projet menée par Delphine et l’ONG MADA. Ce fut riche d’échanges et d’enseignements sur les conditions de production, la préservation de la vie du sol, la recherche d’une diversité culturale.

Cette visite, ces marchés, cette émission m’ont amené à réfléchir à ce que la permaculture humaine avait apporté à cette belle aventure; J’y reviendrai bientôt !

C’est qui le patron ?

Les quelques jours que j’ai passé à Paris la semaine dernière m’ont permis d’observer avec un oeil neuf la « circuit-courtisation » en oeuvre dans la mère patrie. Entre eux les grandes surfaces qui bousculent leurs modèles pour « circuit-courtiser » les petits producteurs, les starts ups qui s’ingénie à « court-circuiter » sans vergogne les réseaux traditionnels, les innombrables tentatives de trouver une solution logistique à l’encombrement parisien, cet univers est hyper excitant.

Un site illustre bien, par le jusqu’au boutisme de son modèle, une tendance intéressante en cours. La reprise en main par des consommateurs qui se sentent exclus des spécifications et du prix attendu des produits. Sur « c’est qui le patron » il n’a jamais été aussi simple et aussi peu cher (1 euro, tout ce qu’il y a de plus symbolique) de devenir coopérateur de cette SCIC et de donner son point de vue.

Ce n’est pas tellement la position du consommateur qui est nouvelle là dedans. Après tout, on peut quand même faire confiance aux marketeux en tout genre pour organiser des focus groupe, repérer des tendances, demander aux gens de quoi ils ont envie… L’intérêt c’est l’outil juridique fantastique qu’est la SCIC utilisé au service d’une minorité de consommateurs, « éclairée » espérons le, qui trouvent que la grande consommation entraînent des rayons trop standardisées et trop peu rémunérateurs pour leur producteur.

La SCIC je le rappelle c’est une coopérative mais dans laquelle les membres sont organisés en collège (des collèges de salariés, de collectivités locales, de clients…) qui oeuvrent ensemble à la mission de la société. Les plus intéressés pourront lire ici. J’ai eu la chance d’assister au lancement de ce modèle, et suis heureux de voir qu’il se saisit du champs de l’alimentation.

A creuser sur C’est qui le Patron, très justement sous titré « la marque du consommateur », et à découvrir dans quelques uns de vos supermarchés.

 

Long time

Oups, en revenant sur les pages de ce blog, je me rends compte de mon absence d’activité depuis 2 mois ! Long time, qui correspond à une période très active d’accouchement collectif du marché de producteurs de Badaro. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est à voir sur https://www.facebook.com/BadaroUrbanFarmers/. Beaucoup de leçons à tirer de cette expérience, en terme de producteurs (que du bio ? ca veut dire quoi du local ? devrait on avoir tous les producteurs tout le temps sur le marché, ou seulement certains d’entre eux ?), de clients (pourrait on les transformer en « coopérateurs » s’impliquant dans l’animation du marché ? comment transformer une logique relativement bobo-militante en une action de quartier ?), de logistique (comment garantir du froid ? l’électricité dans un quartier qui « coupe » 3 hueres par jour). De très beaux défis, relevés par un groupe hyper actif d’une dizaine de personnes; C’est beau mais c’est prenant.

Je reviens de quelques jours à Paris que je vais débriefer rapidement, promis, à la découverte de modèles coopératifs, solidaires, bio, éthiques… de nouvelles manières de commercer, plus courtes et plus impliquantes pour le consommateur. Ma nouvelle passion du moment ! Après tout, assez proche du compostage, du crowdfunding, de l’investissement. Il est question d’engagement citoyen, de projets économiques, d’impact territorial… et de bien bouffer ! Magique !

MOOC le retour

La camarade Delphine m’a réembarqué dans un MOOC de dernière génération sur l’agroécologie. Un effort de Montpellier supagro de conduire un MOOC français en anglais sur un thème exaltant, pas exempt de quelques « franchouillarderies », comme l’hilarant cours sur les « legumes » (in english) par une chercheuse brésilienne et un graphic design un tantinet daté, tellement daté en fait qu’on pourrait croire qu’il est fait pour rappeler aux quarantenaires leurs épisodes télévisuelles d’antan !

Mais là n’est pas l’important, et ce MOOC donne quelques bons repères. En particulier le très bon live du 7 février (https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:Agreenium+66001S03EN+session03/info) avec Stéphane de Tourdonnet, agronome de son état et la très intéressante Aurélie Javel, anthropologue en agro écologie. Et quelques bonnes « saillies » qui font réfléchir autour de par exemple :

  • l’hydroponie est elle agroécologique. A priori rien de plus éloignée, mais les expériences de Guillaume ou Marc au Liban ; celles de Fabrice et Antoine à Toulouse font réfléchir. Au final, ce n’est peut être pas l’hydroponie, ou n’importe quelle autre méthode qui est ou n’est pas agro écologique, mais l’approche qu’aura le fermier de son outil. Entre butter à tout va pour faire le bien (et donc modifier la caractéristique du sol) et monter une serre aquaponique dans laquelle des insectes viendront polliniser, qu’est ce qui est « bien », qu’est ce qui est « mal ».
  • la mesure de l’impact. L’agro industrie a imposé des standards de mesure sur le rendement, l’efficacité. Comment intégrer les impacts sur la santé, l’état du sol à long terme… vaste et bonne question.
  • et au final le rapport entre les savoirs académiques et les savoirs empiriques. Qui me font penser que pour progresser va vraiment falloir que je m’y mette !
  • et une ouverture sur la transmission desdits savoir à tous, pas uniquement aux « bobos connectés » mais aussi aux populations illetrées par le biais de jeux, d’ateliers… une belle piste de réflexion pour les badaro farmers, quand nous essayons d’introduire des ateliers dans le marché de producteurs que nous organisons.