Locavores et urbainculteurs

C’est un fait, la locavorattitude et l’urbainculturité deviennent des phénomènes de société. Dans un bon billet (http://alternatives.blog.lemonde.fr/2017/02/23/la-vie-locale-ce-nest-plus-seulement-pour-les-fruits-et-legumes-de-saison/), le Monde confirme que, côté demande, les consommateurs situe le local au niveau de la ville et sont de plus en plus demandeurs d’une transparence et d’une réduction des distances.

Côté offre, l’excellent « Causes à Effet » de France Culture (https://itunes.apple.com/fr/podcast/de-cause-%C3%A0-effets-le-magazine-de-lenvironnement/id1150938831?mt=2&i=1000381404343) consacre son podcast de la semaine aux initiatives d’agriculture urbaine. Ruches sur les toits ou qui disent oui (jeu de mot destiné aux inititiés), hydro et aquaponie, compostage domestique, jardins partagés et communautaires, que du bonheur. Et autant de moyen de produire sur place ce que nous consommons sur place et de transformer en proximité les déchets que nous produisons en amendement utile pour ces productions… Il ne manque à ce podcast que l’approche du vélo comme véhicule logistique idéal à l’échelle d’un quartier et le tour de la question était complet !

En synthèse, comment formuler mieux l’enjeu que ne le fait le Monde. Je cite donc :

  • Dans l’agriculture, nous exportons 30 % de ce que nous produisons et importons 38% de ce que nous consommons ;
  • Dans la métallurgie, ces taux sont de 45 % et de 62 % ; dans les machines et équipements, ils sont de 60 % et 67 % ;
  • Dans la mode, ils passent à 63 % et 73 % ;
  • Et dans la chimie, les chiffres sont de 45 % et 55 %, respectivement.
  • Pour une aire urbaine représentative comme Angers (400 000 habitants) c’est 85 % de la production agricole exportée et 87 % de ce qu’elle consomme qui est importé ; dans la mode, ces chiffres passent à 92 % et 96 %, dans la chimie à 91 % et 95 %, etc.
  • Pour une plus petite aire urbaine, comme Morzine (5 000 habitants), la situation est encore plus préoccupante : les deux taux sont à 99 % pour la production agricole, à 94 % et 97 % pour le travail du bois, à 92 % et 99 % pour les matériaux utilisés dans le BTP, etc.

Nos territoires ne sont-ils plus que des plateformes logistiques où se croisent des denrées identiques ? Car là se pose aussi la question de l’autonomie de notre économie : si elle est de 49% à l’échelle du territoire, elle chute de 10 à 25% pour une moyenne grande aire urbaine et n’est plus que de 2 à 10% pour les territoires ruraux et petites aires urbaines de l’hexagone…

Mais en fait le roi c’est moi

Pardonnez cette relative immodestie du week end, mais le meilleur mooc du monde de tous les temps sur la gestion des déchets municipaux dans les pays en développement (https://www.coursera.org/learn/solid-waste-management/home/welcome) le dit lui même. Mon quizz est correct à 100%. Si ça ne fait pas de moi un expert, ca. J’aimerais bien que Charles Vigliotti, le prétendu roi du compost à new york, qui traine dans les montagnes de déchets organiques en costume de ville, se frotte à ce quizz, et on verra bien !

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Le roi du compost…

… Du biogas en fait, et c’est en grand dans le new york times, avec des photos magnifiques et une histoire américaine à souhait sur un site de 1000 tonnes jour à proximité de new york. Soit tout de même un sixième des déchets libanais ! Si tout le monde triait à la source, si on pouvait injecter dans le réseau, si les décisions se prenaient de manière rationnelles, si je passais encore 10 ans au Liban, ça serait un projet tout à fait jouable. Et malgré tout, gaz de shit vaincra et a de beaux jours devant lui ! Un calcul intéressant au passage sur la comparaison du bilan carbone du biogas vs le compost.

Share my shit, le retour

Il y a 4 ans, dans mon cerveau fou naissait le meilleur jeu de mots de tous les temps, gazdeshit. Ce jeu de mot est depuis devenu un blog très fameux, suivi par des milliers de fans déchainés.

Mais dans la foulée de ce jeu de mot naissait également un concept révolutionnaire, dont tout le monde se moquait à part mon copain Jan Marius Chicken (j’espère qu’il lit ce blog et se reconnaitra). Le concept du « share my shit », le AirBnb du déchet.

L’idée est simple : tout passionné du déchet devrait pouvoir trouver asile, partout dans le monde, chez un autre passionné du déchet qui lui fournirait gite et couvert et lui ferait découvrir les plus belles décharges, sites de compostage, coins où trouver des esenia fetida, centres de recyclage… des alentours. Un mélange de tourisme thématique et d’échanges passionnés au diner, au croisement de la solidarité entre pairs et de l’échange d’expérience entre fous !

Grâce à l’excellent Antoine, en charge de futur waste chez Make sense, maître composteur de son état et formé à la brillante « Ecole du Compost », ce share my shit est devenu réalité. Antoine a passé une nuit et demi à Beyrouth, a visité des tas de belles choses au Liban et se propose de me faire découvrir son « banc keyhole » entre autres ressources inimaginables au commun des mortels !

Bref, j’espère bien un jour pousser loin le share my shit concept et d’ici là vous accueillir à Beyrouth, squatter vos salons dans le monde entier et porter haut la cause du decentralized waste management !!

Bises à tous et haut les coeurs.

Les recycleurs représentent 30% de l’activité…

Scoop. On ne le sait pas, mais les recycleurs représentent 30% de l’activité… oui, bon, 30% de la biomasse dans les écosystèmes naturels en fait ! Mais ça fait un bon objectif pour les candidats à la présidentielle.

Ce « striking figure » et d’autres exemples intéressants et percutants à écouter dans le débat équilibré de la nouvelle meilleure émission du monde de France, De cause à effets : https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-effets-le-magazine-de-lenvironnement/les-dechets-notre-mauvaise-conscience

Avec quelques passages alléchants sur la collecte des biodéchets.

Le sol, une batterie solaire ?

Je finis de lire le très bon bouquin des époux Hervé Gruyer, papes de la permaculture en France et héros du film Demain ! Au milieu du livre, une révélation pour le béotien que je suis. Et une raison de plus, sans vouloir paraitre monomaniaque, de croire que l’ubérisation douce de la boucle organique a de beaux jours devant elle.

Car oui, je le reconnais, le sol, il y a à peine un an, c’était surtout quelque chose sur lequel je marchais, de la terre, des cailloux. Ma géologue de femme m’avait bien parlé des couches géologiques, m’avait bien souvent fait arrêter sur la route pour observer, ramasser une roche exceptionnelle, fruit d’une évolution millénaire. Mais ca n’est que peu à peu, lors de mon stage de maitre composteur d’abord, à la fréquentation de permaculteurs et autres fermiers organiques ensuite, que j’ai pris conscience de ce qu’était vraiment le sol.

Et un nouvel aspect s’est dévoilé, donc, à la lecture de l’opuscule des époux Hervé-Gruyer. Le sol serait une batterie solaire. Les engrais sont en quelque sorte une manière de stocker de manière efficace l’énergie solaire et de la mettre à disposition du sol de manière puissante et localisée, mesurée. Le pétrole, de même, n’est rien d’autre que de l’énergie solaire capturée, sur une période longue, et stockée sous forme d’un fluide facile à transporter et à utiliser.

La permaculture ca serait donc l’intelligence de l’homme mise au service du sol, pour travailler avec l’énergie solaire diffuse, mal controlable qui nous tombe dessus tous les jours ; arranger le sol pour qu’il capte efficacement cette énergie, qu’il permette l’alimentation de tout un tas de bebetes, bactéries, vers de terre, l’humus quoi par cette énergie ; qu’il favorise un écosystème qui tourne sur lui même, et évite de piocher dans le stock d’engrais disponible. Une manière de produire beaucoup sur une petite surface, mais en acceptant que ce soit compliqué, long mais de mieux en mieux ; plutôt que beaucoup sur une grande surface, mais en dégradant la qualité des sols, en le surstimulant.

Une comparaison pourrait être l’alimentation d’une maison surchauffée, suréquipée en appareils ménagers, alimentée par une centrale à charbon ; à comparer à une maison qui ne pourrait s’alimenter qu’en panneau solaire, et devrait donc pour ça réduire sa consommation pour que l’énergie disponible dans la batterie ne dépasse pas celle nécessaire à la survie quotidienne ! Une vie plus lente, plus proche des flux naturels disponibles. Qui accepte de prendre le temps avant d’avoir du retour.

Ce qui est intéressant aussi c’est que le compost joue le rôle d’accélérateur et d’apport en énergie. Parce qu’il structure le sol, parceque c’est de l’humus au bout du compte, il apporte au sol non seulement des nutriments (mais en quantité moindre que de l’engrais) mais aussi de la structuration, de la capacité à absorber l’énergie, à faire se développer un écosystème.

J’ai bien conscience d’exprimer très maladroitement ces idées ! Une chose est sure en tout cas, il y a bien une recherche par certains d’une manière de produire beaucoup sur un espace limité, en évitant la mécanisation et la centralisation.

En dehors du site de la ferme du Bec Hellouin, un atlas intéressant à consulter sur le sujet – Atlas Européen de la Biodiversité des Sols – Biodiversité: La vie …

Salon du chocolat

Imaginez vous. Vous êtes un addict du chocolat, vous aimez en manger et échanger avec vos proches sur ses vertus, ses avantages et ses inconvénients, vous voudriez convaincre la terre entière d’en manger, vous savez que ça fait grossir mais c’est tellement bon !

Vous en parlez souvent, ça fatigue parfois vos amis et votre famille, mais c’est plus fort que vous. Imaginez vous alors au salon du chocolat. Une conférence pleine de gens qui ne pensent qu’à ça aussi. Une genre de secte avec que des gens qui passent des heures à présenter des posters, à en venir aux mains presque parce que le chocolat low cost de colombie serait meilleur que celui au caramel de californie. Qui se demandent tous comment faire en sorte de « capter » le plus de chocolat possible pour le retraiter de la manière la plus intelligente possible.

Bref, vous avez compris, j’ai passé 3 jours la semaine dernière au colloque « territoire et biodéchet », excellement préparé et organisé par le réseau Compost Plus à Guichen, déclaré pour la semaine centre mondial du compostage décentralisé.

Ce fut dense, riche, excitant. Le mouvement est en marche, porté par les collectivités territoriales qui animent leur territoire pour le rendre innovant et efficace en matière de collecte séparée des déchets organiques et traitement par voie de compostage. Les facteurs clés de succès résident dans une réelle coordination locale, une réduction des tournées de collecte, une moindre taille des poubelles organiques, une communication tout azimuth, une promotion du compostage à la source et un changement de focus dans les indicateurs (l’important ce sont les déchets qu’on ne retrouve plus dans la poubelle générale, pas les kilos collectés dans la poubelle organique). Ensuite, les solutions sont variées, les modes de traitement et de post traitement aussi. Ces conclusions font un peu froid dans le dos pour le Liban, qui pour l’instant prend une direction un peu différente dans ses choix, ou ses non choix.

Allez, pour les fanas, j’ai un powerpoint de synthèse que je transmettrai volontiers à qui veut. Pour les autres, prenez un bon éclair au chocolat, relaxez vous, fermez les yeux, et rêvez à un monde où les déchets organiques seront entièrement traités localement, où des bennes bi compartimentées viendront en douceur transporter les quelques restes de viande et de poisson restantes vers de jolis andains de compostage. Le meilleur des mondes est pour demain.