Salon du chocolat

Imaginez vous. Vous êtes un addict du chocolat, vous aimez en manger et échanger avec vos proches sur ses vertus, ses avantages et ses inconvénients, vous voudriez convaincre la terre entière d’en manger, vous savez que ça fait grossir mais c’est tellement bon !

Vous en parlez souvent, ça fatigue parfois vos amis et votre famille, mais c’est plus fort que vous. Imaginez vous alors au salon du chocolat. Une conférence pleine de gens qui ne pensent qu’à ça aussi. Une genre de secte avec que des gens qui passent des heures à présenter des posters, à en venir aux mains presque parce que le chocolat low cost de colombie serait meilleur que celui au caramel de californie. Qui se demandent tous comment faire en sorte de « capter » le plus de chocolat possible pour le retraiter de la manière la plus intelligente possible.

Bref, vous avez compris, j’ai passé 3 jours la semaine dernière au colloque « territoire et biodéchet », excellement préparé et organisé par le réseau Compost Plus à Guichen, déclaré pour la semaine centre mondial du compostage décentralisé.

Ce fut dense, riche, excitant. Le mouvement est en marche, porté par les collectivités territoriales qui animent leur territoire pour le rendre innovant et efficace en matière de collecte séparée des déchets organiques et traitement par voie de compostage. Les facteurs clés de succès résident dans une réelle coordination locale, une réduction des tournées de collecte, une moindre taille des poubelles organiques, une communication tout azimuth, une promotion du compostage à la source et un changement de focus dans les indicateurs (l’important ce sont les déchets qu’on ne retrouve plus dans la poubelle générale, pas les kilos collectés dans la poubelle organique). Ensuite, les solutions sont variées, les modes de traitement et de post traitement aussi. Ces conclusions font un peu froid dans le dos pour le Liban, qui pour l’instant prend une direction un peu différente dans ses choix, ou ses non choix.

Allez, pour les fanas, j’ai un powerpoint de synthèse que je transmettrai volontiers à qui veut. Pour les autres, prenez un bon éclair au chocolat, relaxez vous, fermez les yeux, et rêvez à un monde où les déchets organiques seront entièrement traités localement, où des bennes bi compartimentées viendront en douceur transporter les quelques restes de viande et de poisson restantes vers de jolis andains de compostage. Le meilleur des mondes est pour demain.

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On peut trumper une fois 1000 personnes, on peut trumper 1000 fois une personne…

J’avais envie de caser ce bon jeu de mot, qui n’a pas grand chose à voir avec l’article du jour, mais j’avais envie de rire un peu dans ce jour un peu dur pour l’environnement dans le monde.

Un truc au passage, quand même, qui peut rassurer les américains, c’est que même au Liban, qui a vécu sans président pendant 2 ans, et qui a nommé (peut on vraiment parler d’élection ici ?) un président plus trumpiste qu’obamique, on peut continuer à voir de bonnes pièces (dans la peau d’Elisa, magnifique, au théatre Geymazieh, à recommander à tous les beyrouthins), à sortir au cinéma, à rencontrer des activistes… Ce soir, ça sera « american pastorale » en pied de nez à l’actu du jour.

 

Mais bon, ce n’est pas de ça que je voulais vous parler. La grande fierté du jour, c’est le contrat « du siècle » que IKOS LHOTELLIER décroche à Nashik en Inde pour le traitement des déchets. Paris Normandie s’en fait l’écho- http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/le-groupe-normand-lhotellier-s-attaque-aux-dechets-menagers-en-inde-LY7331782#.WCNGf6PpPdR

On a bossé avec l’ami jean michel pendant 3 ans avec cette magnifique entreprise familiale, dans un climat d’innovation, d’acceptation du risque, de respect des équipes françaises et indiennes, de confiance et d’exigence. Ca a été un très beau moment de ma vie professionnelle et même si je n’y suis absolument pour rien en l’occurence, je suis fier quand même que quelque chose de grand et de beau arrive dans les relations franco indiennes en matière de traitement des déchets. Bien joué, une bonne nouvelle le 8 novembre finalement !

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Zero Waste a Antoura – Donnez moi du crowd, donnez moi du fund, donnez moi du ing

Bon week end à Beirut, qui n’en finit pas de me surprendre.

En l’espace de 2 jours, il est possible ici de :

  1. assister au plus grand salon du moyen orient sur l’entrepreneuriat et l’innovation, à BDL Accelerate. Ca devient huge, excitant et de haut niveau cet écosystème innovant – http://bdlaccelerate.com/2016/. Très peu de green business mais ça viendra l’an prochain, j’en suis sur ! Et au passage une belle intervention de Stevie « the woz » (cf la photo) qui a dit un truc très vrai. Pour repérer les bonnes compétences quand on crée sa boite, le vrai critère ce sont les mecs (ou les filles) qui ont « fait ». Mieux vaut un jeune besogneux qui s’acharne depuis 10 ans à élever des vers, créer des caisses, mettre les mains dans le compost plutôt qu’un loup hyper diplômé. Un peu caricatural et pas évident pour des « vieux qui s’y mettent » comme moi, mais le message est beau !
  2. rencontrer, pour le plaisir, Laurent Gaude, au salon du livre, là aussi un évènement de classe mondiale. Son dernier bouquin, qui se passe en partie à Beyrouth, parle de guerres et de défaites, inévitables. La vie des affaires, la vie tout court, pour prendre du recul sur nos actions du quotidien.
  3. visiter le délicieux Samen Eco Garden à Fanar, lui acheter quelques vers à compost et un poulet bio – http://bdlaccelerate.com/2016/

Et, last but not least, de donner pour un projet « zero waste » ambitieux et sérieux, avec l’ami Antoine, à Antoura. Ca se passe sur le site de crowdfunding libanais Zoomal. Que du bonheur je vous dis ! Allez faire un tour sur

http://www.zoomaal.com/projects/0wastetown/56107?ref=8649833, choisissez l’option (exclusive !) de donner en cash à la fin de la campagne, et rejoignez moi à Antoura pour donner vos sousous directement à l’équipe en charge !!

 

 

Trop bon pour être jeté !

Ca fait longtemps que je le sens, et je le vois maintenant arriver peu à peu. Il va se passer dans le monde du déchet organique ce qui s’est passé dans l’énergie, les transports, l’hotellerie. Les gros méchants opérateurs vont se faire grignoter des parts de marché par de gentilles start up qui vont tout désintermédier, rapprocher les utilisateurs et les consommateurs en passant par dessus la tête de systèmes centralisés inefficace.

J’exagère un peu, mais il y a en puissance de quoi ubériser le secteur. Cela fait un an que je compile un papier là dessus, j’espère bien le publier un jour.

Pour lancer le débat quand même, je voudrais mettre en lumière ce soir une application dont ma fille vient de me parler, too god to go, une app qui lutte contre le gaspillage alimentaire en permettant à tout un chacun de récupérer les invendus des commerçants du jour à prix bradés. Et du coup, au lieu de payer une taxe sur l’enlèvement des déchets, au lieu de composter ou de méthaniser, les restaurateurs font ce qu’il y a de mieux à faire, ils réduisent le gaspillage alimentaire. Un énorme enjeu, la France gaspillant 10 millions de tonnes par an d’aliments. Un tiers de ces déchets sont émis au moment de la consommation.

Prise de conscience, communication… sont indispensables. Une offre adaptée par une start up dynamique, ça peut aider aussi ! Bien vu donc, et révélateur, si ça fonctionne, d’une tendance à désintermédier le marché pour que les déchets des uns deviennent les ressources des autres.

Too Good To Go France – Deviens un héros de l’anti-gaspi !

 

Le pouvoir, la terre et l’eau

Dans ce monde parfois aride et technique qu’est le traitement de l’eau et des déchets, il est bon parfois de prendre un peu de recul et de se plonger dans la lecture de chercheurs qui replacent ces techniques dans un cadre géopolitique et social plus large.

C’est le cas de Pierre Blanc, enseignant chercheur au Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Mediterranéennes (CIHEAM), un centre que j’avoue ne pas connaître de l’intérieur mais dont je trouve la présentation absolument emballante !

Ce Pierre Blanc a eu le bon goût de faire paraître une somme sur le Proche Orient, sous titrée « Le Pouvoir, la Terre et l’Eau », distribuée à Beyrouth.

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Quelques « lessons learned » de ce passionnant ouvrage !

« La moitié des habitants de la planète vivent dans des zones où l’agriculture demeure l’activité principale ». Et l’agriculture, c’est un sujet géopolitique. Un exemple ? la révolution islamiste en Iran. Je cite : « L’allié américain avait encouragé le développement et la modernisation des campagnes afin de faire reculer le risque de subversion politique et, partant, de permettre à l’Iran de s’ancrer dans le camp occidental. Cette réforme avait également été voulue par le Shah, désireux de se défaire de l’emprise des religieux et de certains féodaux qui, profitant de leur pouvoir foncier, pouvaient menacer sont leadership. Mais si certains paysans furent servis par cette réforme et constituèrent les soutiens du Shah, nombre de « paysans dépaysannés » (les salariés des anciens domaines ou ceux qui se sont vite ruinés) se trouvèrent dans l’obligation de migrer vers les villes, où ils vinrent grossir les rangs des troupes révolutionnaires encadrées notamment par un clergé en partie dépossédé par la réforme. ». Je ne parle pas ici de l’Amérique du Sud, de l’Inde, des guerres de l’eau, des questions alimentaires, des émeutes de la faim, de la privatisation des terres agricoles par des puissances étrangères, de l’accroissement de la population mondiale, des cultures illicites qui viennent financer des milices ou des groupes politiques (tout le monde connaît là dessus la vieille tradition libanaise).

Un enjeu géopolitique, donc, d’autant plus qu’il joue avec deux ressources majeures, l’eau et la terre, qui « sont l’enjeu de rivalités parfois violentes ».

Tout ça est décliné par Pierre Blanc sur le territoire du Proche Orient, un territoire marqué par l’aridité (82% des territoires du monde arabe sont des déserts, et les 18% restant font l’objet d’une urbanisation croissante), les rivalités inter et intra étatiques sur la valorisation des sols arables, l’irrigation, et par une coopération renforcée avec l’union européenne dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Au travers des réformes agraires, on observe la Syrie baathiste jouer des rivalités d’influence ; le faible Etat libanais incapable de réformer et favorisant les relations entre propriétaires et fermiers…

La première difficulté au Proche Orient, c’est la rareté des terres, liée aux reliefs. Le long des côtes, bien arrosées par les précipitations, les plans sont étroits. Les grandes plaines de l’intérieur, elles, sont plus arides.

La foule en délire dans le jardin des rêves

Les projets de tri et de compostage n’en finissent plus d’inonder les plate formes de crowdfunding.

En France avec par exemple https://fr.ulule.com/aumaquis/, un joli projet de jardin des rêves.

Et toujours, au Liban, un intéressant centre de tri qui travaille également à la formation et à l’insertion des réfugiés syriens – https://www.indiegogo.com/projects/recycle-beirut-environment#/